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Commençons par un énoncé qui fait plein de bon sens : en temps de récession, il est de bon ton de ne pas jeter son argent par les fenêtres. Outre le fait que cela puisse être mal perçu par ceux qui perdent leur emploi, les patrons devraient normalement avoir le bouton « eject » plus chatouilleux pour les gestionnaires téméraires, n’est-ce pas? Et bien, en TI, ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Bienvenu dans notre monde permissif et patient envers les joueurs compulsifs!

Une grande entreprise de Montréal ayant des bureaux un peu partout à travers le monde vient tout juste de découvrir grâce à un client pointilleux les vertus d’embaucher des analystes pour leurs projets… enfin, pour le projet du client en question car, ce dernier accepte de payer pour les services de telles ressources. Je n’ai pas posé la question, mais je suppose que ces « employés » sont plutôt des consultants et il est probable qu’une fois le projet livré, ces derniers voient leur contrat prendre fin.

Je viens moi-même de quitter une autre grande entreprise Montréalaise qui n’arrivait pas à me remplacer dans mon rôle d’analyste fonctionnel/d’affaire. La Terre n’arrêtera pas de tourner pour autant. The show must go on! On va continuer à développer des projets, à investir des milliers de dollars voire même des millions sans avoir d’analyste à notre solde pour s’assurer de produire minimalement ce que le client demande ou à besoin. Du coup, les développeurs ou les chefs de projets doivent reprendre le chapeau d’analyste alors qu’il s’agit d’une profession en soit avec une expertise indépendante et à part entière.

Le plus drôle parlant d’expertise, c’est que les vrais analystes sont peu nombreux en vérité. Trop souvent, je vois de jeunes programmeurs se lancer dans ce rôle sans aucun background. Ils y voient une sorte de promotion et parfois une porte de sortie quand ils se rendent compte que la programmation est plus complexe qu’il ne le pensait au départ. C’est une voie honorable pour relancer une carrière mais surtout, c’est un chemin bien peu balisé et donc relativement facile à prendre même si on a pas d’expérience.

Donc, reprenons. Les analystes :

1. ajoutent des coûts au projet (puisque tout le monde peut le faire, pourquoi engager quelqu’un spécialisé?);

2. ne sont pas toujours formés adéquatement (éternel problème en TI);

3. sont difficiles à trouver (si on se fie à la règle no 2).

En contrepartie, en engageant un analyste (potable), on :

1. améliore la compréhension de nos projets et de nos clients;

2. réduit le temps de développement (moins d’essai-erreur pour les devs);

3. risque moins d’échapper des morceaux en cours de route (les defects sont plus facilement identifiés);

4. s’expose moins à des demandes de changements sur le bras car le scope clair dès le départ.

J’en oublis sûrement mais toujours est-il que si on fait des calculs, les analystes demeurent un investissement très profitable. Je doute y perdre au change. Qu’en pensez-vous?

Je suis assise à la table de la cuisine. Il est 15h40. Devinez ce que je fais? N’essayez pas, vous ne trouverez jamais.

Je peint un cochon! Ma fille est revenue avec un drôle de devoir lundi dernier. Elle devait fabriquer quelque chose avec des trucs trouvés dans le bac à recyclage. Avec un vieux pot de beurre d’arachides, un contenant de fromage Philadelphia et deux cannes de pâtes de tomates, elle a mis au monde un petit cochon.

J’ai regardé le cochon plusieurs jours avant de me lancer. Il faut dire que je suis en congé. J’ai terminé mon mandat la semaine dernière et je cherche à m’occuper en ces journées grisonnes de fin avril. Tout d’un coup, c’est décidé; je sors mes pinceaux et la gouache de ma fille. Je mélange du rouge et du blanc pour obtenir du rose et je badigeonne patiemment le cochon. Le lendemain, je mets un peu de noir pour le chapeau, les yeux et les sabots et le surlendemain, du vert pour les yeux.

Je suis assez fière de ma réalisation. Rien à voir avec l’informatique mais combien gratifiant de constater que je suis encore capable de faire autre chose que de taper sur un clavier. Ma fille est aux anges. Mon chum est mort de rire et me prédit une nouvelle carrière. En tous les cas, c’est plus amusant que de chercher un nouveau contrat. Et croyez-moi, quand je suis entre deux mandats, j’ai besoin de m’occuper sinon, c’est pas long que je tourne en rond comme un lion en cage.

Mes parents me demandent souvent pourquoi je ne fais pas un boulot stable dans un endroit également stable avec un salaire toujours aussi stable. Ça serait plus rassurant semble-t-il. Plus ennuyant aussi. J’ai besoin de changement et j’ai de la chance car, en TI, on peut gagner sa vie relativement bien en faisant seulement des mandats. C’est sûr que si j’étais soutient de famille, il faudrait peut-être que je révise mes priorités mais pour le moment, c’est mon conjoint qui a le salaire stable et tout le tralala assurances incluses. Moi, pour peu que je planifie un coussin, je peux généralement terminer un mandat et m’accorder plusieurs mois d’arrêt avant de recommencer.

J’en profite généralement pour me mettre à jour comme cette formation SCRUM à laquelle je me suis inscrite pour la fin mai. Outre les cochons, je décape une vieille porte de garage, je nettoie la terrasse en prévision des beaux jours, je dépanne le CPE en face de chez-moi lorsqu’il a des problèmes d’ordinateur, bref, je prends le temps de vivre. Plaisir égoïste pensez-vous? Pas du tout! Ma famille et mes voisins en profitent. En fait, si on pouvait tous en faire autant, notre société serait sans doute moins stressée. Vous devriez essayer!

Il est midi moins cinq. Vous vous apprêtez à aller diner. Vous ne travaillez plus vraiment depuis quelques minutes car, le choix de votre repas occupe toutes vos pensées. Une seule chose pourrait détourner votre attention, une mauvaise nouvelle. Comme un oiseau de mauvais augures, je vous l’annonce dans le mille : votre plus gros clients appelle et vous informe qu’avant de renouveler l’entente qui vous lie, il requiert un processus d’audition en bonne et due forme de vos installations informatiques. Votre sang ne fait qu’un tour avant que LA question vous vienne à l’esprit : sommes-nous prêts à être audité? J’ai également une question pour vous : avez-vous encore faim?

Mais avant de trop s’inquiéter, voyons en quoi peut consister un processus d’audition. Voici une liste d’objectif généraux devant généralement être rencontrés :

Critères

  Audition menant à une certification standardisée Audition menée par le client Audition menée par une firme externe
Reconnaissance mondiale Oui Non Non
Coût pour l’entreprise de service Élevé Se limite au temps requis par le(s) client(s) pour obtenir de l’information de la part de vos employés ou pour visiter vos locaux/infrastructures. Moyen à bas
Coût pour le client Bas voire même inexistant Dépend de la portée de l’audition Aucun
Acceptée par tous les clients Oui Non Oui
Fréquence des auditions Plus ou moins sur une base annuelle Selon le client Sur demande ou sur une base annuelle
Flexibilité dans la portée de l’audition Oui Oui Peut dépendre de “package” mais ne devrait pas représenté un problème
Responsabilité Organisation offrant des services Client Organisation offrant des services
Temps requis pour faire l’audition en moyenne À peu près deux mois en termes de durée mais seulement quelques semaines de travail. Dépend de la portée de l’audition et des processus internes du client. Du côté de l’organisation auditée, cela représente généralement une visite de ses locaux, une ou deux période de questions, une éventuelle révision. Dépend de la disponibilité de la firme choisie pour faire l’audition mais peut habituellement être complétée à l’intérieur d’un mois. Le temps réel de travail par contre se chiffre aux alentours d’environ deux semaines.

 

L’audition demande une grande humilité. On paye des gens pour évaluer notre offre de service et de produits afin de s’assurer qu’on a pas trop étiré l’élastique au fil du temps. Une fois les gens dans la place, leur mandat sera de fouiller et de chercher la petite bête noire et s’ils la trouvent, elle sera suivie de recommandations diverses pour corriger la situation. C’est là qu’il faut être humble et avoir le courage de remédier à tout ça en investissant ou en mettant en place des processus parfois embêtant mais souvent nécessaires pour gérer de façon sécuritaire la croissance de vos activités.

Il y a de bonnes chances pour que cet exercice vous laisse perplexe face au niveau de sécurité attendu. Invariablement, vous vous demanderez si les inspecteurs ne charrient pas un peu trop. Devez-vous suivre leur rapport à la lettre? Pouvez-vous vous permettre quelques petits écarts? Seule votre conscience ou vos clients vous le diront.

Il y a peu de temps, je terminais le livre « Un monde sans fin » de Ken Follett. Alors que je tournais la dernière page, une image restait gravée dans mon esprit. Cette même image qu’il m’avait d’ailleurs marquée lors de la lecture des « Piliers de la Terre », la saga précédente de l’auteur. Une série grandiose en passant!

Mais revenons à ce qui m’a marqué. Au-delà de toutes les péripéties des personnages principaux, les dernières pages reviennent sur la notion de mentorat. Caris enseigne à sa belle-fille l’art de soigner son prochain. Nous ne serons pas témoins de cet enseignement mais nous savons que Caris fera un bon mentor car, nous avons appris à la connaître tout au long de l’histoire. Son conjoint Merthin est également passé par là alors qu’il apprenait son métier d’architecte-bâtisseur. Il a cependant eu moins de chance que sa fille car, son mentor est un abruti sans talent qui est d’ailleurs rapidement dépassé par son élève de génie.

J’aime bien cette notion d’accompagnement menant des êtres « inachevés » vers ce qu’il deviendront plus tard. Il ne s’agit pas que d’apprendre un métier au côté d’un maître mais également d’apprendre à se distinguer grâce à la comparaison sur une base quotidienne avec ce maître. Ce dernier devient un but à atteindre pour l’apprenti qui conçoit de la fierté pour son art. Mais, plus encore, au-delà de l’apprentissage et du défi, il y a cet accompagnement vers le monde adulte. L’aspect morale du mentorat est celui qui façonnera la personnalité professionnelles de l’apprenti. Un bon mentor saura démontrer l’importance de faire « un pas de plus » en tant que bâtisseur mais aussi en tant qu’être humain.

Je sais, tout ceci fait un peu rhétorique mais il se trouve que l’autre soir, j’en discutais avec mon conjoint. Nous évoquions ce manque dans le monde des TI où de jeunes programmeurs sont laissés à eux-même dès leur entrée sur le marché du travail. Ils sortent des bancs d’école pour rejoindre les rangs des milliers de fourmis qui tapent sur des claviers du matin au soir. Mais l’informatique, ça n’est pas que taper sur un clavier! Une jeune ressource aussi géniale soit-elle a tout de même besoin d’être guidée et d’être remise en question sur une base régulière. C’est ainsi que le défi de performer reste en vie sinon, c’est la dérive sur les chemins de la paresse et de l’ennui.

Je le dis haut et fort : « IL FAUT ACCOMPAGNER LES JEUNES RESSOURCES »!

Bon, ceci étant dit, tous les « vieux » ne font pas nécessairement de bons mentors. Comme dans « Un monde sans fin » où Merthin mange de la « shnout » pendant des années avant de pouvoir s’affranchir d’un maître pourri, il faut se méfier des « power-trippeux ». Il est tentant de devenir grandiloquent, péteux de brou et condescendant car, c’est un rôle qui a son prestige. Eux aussi, il faut les former et aussi, prêter oreille aux éventuelles doléances des apprentis.

Ha! Je rêve éveillée. Plusieurs fois, nous avons tenté de nous regrouper sous la bannière d’un « Ordre » qui encadrerait notre pratique, émettrait des standards, exigerait la formation continue, sanctionnerait en cas de problème et défendrait en cas d’abus . Je connais même certaines des personnes qui ont tentées de mettre au monde cet énorme bébé sans toutefois y parvenir. Je vous le demande, aimons-nous trop notre chaos pour vouloir le quitter?

Ti-di-toum! (Quelqu’un vient de m’écrire sur MSN!)

[lui] « Salut »

[moi] « Salut »

[lui] « jé fini le bug 3287 :-) »

[moi] « Good! Tu l’as déployé en staging? »

[lui] « Pa encor » (Pourquoi tu m’déranges alors?!!!)

[moi] « Bon, ben, fais-moi signe quand tu l’auras déployé. »

[lui] « OK »

[lui encore] « je comprend pas le bug 4532 » (Mais encore?!!!)

[moi les yeux en l’air] « Qu’est-ce que tu comprends pas? »

[lui] « Si je fais ce que tu dis ca va etre lon… blah, blah, blah (plusieurs lignes plus tard)… faque j’va pas pouvoir le faire tout d suite »

[moi patiente] « Désolée, c’était peut-être pas clair mais je vais te ré expliquer. Donne-moi ton extension que je puisse t’appeler. »

[lui] « ben, tu peu pas mettre d’aute détail dans le ticket à place »

[moi – moins patiente] « Non, c’est une fonctionnalité complexe et je crois que c’est plus simple de se parler. Ton ext. svp. »

[lui] « j’ai pa l’tenmps là :-( »

[moi – qui commence à en avoir marre] « ça sera pas long – j’ai retrouvé ton ext, je t’appelle »

Ça vous rappelle quelque chose ce genre d’échange?

Depuis que je suis toute petite, j’aime écrire. J’adorais faire des compositions libres à l’école. Adolescente, j’écrivais des nouvelles d’horreur pour épater mes amis. Aujourd’hui, je blogue.

Il n’en reste pas moins qu’écrire, c’est plus long que de parler et que parfois, ça vaut la peine de décrocher le téléphone et de se parler. Pourtant, de plus en plus, je remarque dans les milieux de travail TI une nette propension envers les « chats » et les courriels au détriment des conversations. Bon, c’est vrai que c’est parfois pratique parce que ça permet de faire des conversations à plusieurs quand on a pas l’appel conférence ou même qu’on peut facilement s’échanger des fichiers mais « typer » c’est quand même plus long que de parler.

Mais il n’y a pas que le temps qui pose problème. Il y a aussi la dépersonnalisation. On ne se parle plus, on s’écrit. Ça n’a rien de poétique, c’est plutôt une forme de paresse voire même de lâcheté. L’écriture impose une distance que l’on a pas dans une conversation. Quand on parle, il faut penser vite. Si on nous pose une question, on ne peut pas tergiverser longtemps, il faut répondre sans quoi notre interlocuteur va se poser des problèmes. Si on ne sait pas quoi dire, il faut patiner pour gagner du temps.

Lorsqu’on écrit, c’est différent. On peut prendre le temps de penser car, l’écriture suppose déjà un délai auquel s’attend notre correspondant. Le temps est plus élastique mais cette même élasticité peut également jouer sur les nerfs. Est-il vraiment efficace de toujours s’écrire? Prenez le téléphone, bon sens!

L’écriture nous protège aussi contre l’interprétation de notre langage corporel. On ne nous voit pas donc, on perd une partie du message… en fait, c’est ça qui fait notre affaire. Je suis contente que le programmeur ne voit pas mes yeux au ciel et lui doit se réjouir de pouvoir piétiner son clavier avec violence sans que je m’en rende compte. Si on se parlait, il faudrait être plus civilisé, ça demande donc un effort supplémentaire pour décrocher le téléphone.

J’ai connu un programmeur qui refusait tout contact téléphonique. Son patron cautionnait ça! Alors, en phase de test, on « chattait » et c’était l’enfer sur Terre. Des heures à décrire une fonctionnalité et à m’obstiner sur le comportement de l’application. J’avais le goût de l’étriper mais ni l’un ni l’autre ne perdions notre superbe épistolaire. C’était totalement ridicule.

C’est aussi bête que les gens qui s’envoient courriels sur courriels. Les « reply » s’ajoutent les uns aux autres et finissent par devenir de vrai roman. Si plusieurs personnes sont dans l’envoie, l’histoire devient carrément incompréhensible. Dire qu’il aurait suffit de se parler!

Pour terminer, j’ajoute qu’il est paradoxal de vivre à une époque où les gens préfères s’écrire sans savoir écrire. C’est fou comme la qualité de la langue est malmenée!