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La constance d’écrire ne semble pas être une de mes qualités. Je dois dire que si le temps me manque, je réalise que c’est probablement l’une des premières choses que je coupe. À moins d’avoir une entente particulière ou un nombre de lecteurs intéressant, pourquoi mettrais-je la priorité là-dessus?

Je suis du style passionnée. J’aime mon travail. J’aime le défi qu’il représente. C’est pourquoi je choisis souvent mes mandats en fonction du « buzz » qu’ils m’apportent bien avant l’aspect financier de la chose. Bref, me direz-vous, je n’ai pas trop le sens des affaires!

Ha mais, je ne suis pas vraiment de cet avis. Voyons un peu. Je fais le calcul que si j’aime mon travail ainsi que le mandat sur lequel je travaille, il y a de bonnes chances pour que je m’investisse d’avantage dans le projet et pour que le résultat soit meilleur. Si tel est le cas, je retirerai donc au moins deux choses :

  1. le sentiment du devoir accompli (lire, le plus haut échelon de la pyramide de Maslow);
  2. un client satisfait.

Si le premier n’est pas payant (financièrement du moins), le second, en revanche fait partie des facteurs de succès de toute entreprise. Pas de client, pas de business. Point à la ligne!

Remarquez que ça ne m’empêche pas de travailler d’habitude seulement pour gagner ma vie. Il arrive très souvent que je doive accepter des boulots pas toujours rigolos. Pour ceux-là, je redeviens une femme d’affaire et je ne tourne pas les coins ronds.  Par exemple, les contrats de travail avec les firmes qui sont souvent abusifs. Si je travaille par obligation, alors je vais relire les petits caractères et les faire changer au besoin.  Si par contre, j’ai la chance de travailler sur un projet « trippant », je peux aller jusqu’à accepter de le faire à forfait (plus risqué et généralement moins payant).

Qu’est-ce qu’un projet trippant?  Ça n’est même pas toujours le « scope » (la portée).  Souvent, c’est le client lui-même qui fait pencher la balance. Un bon client, c’est quelqu’un plus enclin à mettre de l’eau dans son vin. C’est une personne qui va nous accorder sa confiance plus rapidement et qui va collaborer pour nous faciliter les choses.  Un bon client, ça vaut de l’or et si, en plus, je le rends heureux, il me le rendra bien.  Je le sais. Ça n’est pas écrit dans un contrat mais j’ai rarement rencontré des gens foncièrement profiteurs ou des ingrats dans ce genre de relation.

Donc, un bon mandat égale souvent un bon client qui égale à son tour un bon potentiel de satisfaction mutuelle.  En prime, diminution du cortisol (hormone du stress). Est-ce que ça n’en vaut pas la peine?

Il y a quelques années, j’ai découvert Basecamp, un service web pour la gestion de projets. Au début, je trouvais le service assez basique et pas très convaincant. Les couleurs étaient criardes, les canaux de communication omniprésents. Bref, ça sentait le réseau social à plein nez.

Toujours est-il que mon client d’alors préconisait l’usage de Basecamp et qu’en tant que seule séniore de l’équipe, je devais donner l’exemple. Comme d’habitude lorsqu’on décide d’utiliser ce genre de chose, on s’empresse de prendre un abonnement de base, on créé nos accès et, paf!, on se lance les deux yeux fermés dans l’aventure. Pas de présentation de l’outil en question à l’équipe pour leur expliquer ce qu’on attend d’eux, pas de formation ou de lettre aux clients pour leur montrer comment ça marche et ce que ça leur apporte, pas de réflexion pour organiser le contenu efficacement.

Lorsque j’ai sauté dans le train, il était déjà en marche depuis un petit moment. C’était un bordel incroyable!  J’ai eu un plaisir fou à mettre de l’ordre dans tout ça… et à découvrir le côté lumineux et sombre de l’outil.

Les Basecamp de ce monde répondent à un besoin réel dans les TI. Nous adorons les gadgets — web de préférence –,  et nous détestons les outils formels souvent trop lourds – notre petit côté anarchiste. Si en plus, on peut inviter des « amis » dans notre petit monde virtuel, c’est la Totale, comme dirait les français.

Le temps a passé depuis et d’autres outils sont apparus. Certains gratuits, d’autres pas. Certains bien conçus d’autres moins. Certains issus de la communauté opensource, d’autres de Microsoft.

Mon conjoint m’a refilé ce lien, ma foi, très utile : https://garmahis.com/reviews/top-project-management-tools/. Il m’a permis de découvrir des produits très intéressants et surtout, il m’a forcé à me poser LA question : de quoi ai-je besoin au juste. Gestion de projets (tâches, jalons, diagramme de Gantt, etc.)?  Gestion des anomalies? Gestion du temps effectués sur projet? Gestion de documents? Gestion de réunions? Centre de communication (wiki, chat, twit…)?

Dans mon cas, j’avais besoin d’un outil qui me permette de tenir mes clients informés des progrès dans le développement de leur projet. Je voulais aussi centraliser la documentation liée à un projet, inscrire le temps passé sur chacun d’eux et gérer les anomalies ou requêtes.  Par-dessus tout, je voulais une solution pour laquelle je n’avais pas à gérer l’hébergement (d’autres chats à fouetter).

J’ai fini par me décider pour Zoho.  J’ai pris un abonnement de base (gratuit) pour tester le produit plus en profondeur et je m’y suis mise de tout mon coeur. J’ai rencontré certains problèmes au départ mais ils étaient finalement dus à mes vieux réflexes Basecamp. Je ne regrette pas mon choix jusqu’à maintenant. Mes clients aiment également Zoho en passant. Ça n’est pas rien car, on sait à quel point l’adhésion à ce genre de chose de la part de personnes qui ne sont pas nécessairement aussi « trippeux » que nous n’est pas toujours aisé.

Je développe actuellement des sites en Joomla. Ça n’est pas vraiment un choix mais plutôt, une fois de plus, la vie qui m’a menée dans cette direction.  Ça a commencé pendant un mandat chez un grand client qui gérait pas moins de 150 sites web qui roulaient bon an mal an sur beaucoup de technologies différentes. Une décision avait été prise à l’effet qu’il faudrait tranquillement transférer tout ça vers une seule et unique plate-forme. Mais, laquelle?!!!

NStein (WCM) fut finalement choisi en partie pour son moteur de recherche. Ma première mission fut de gérer la refonte d’un site de petit à moyen calibre. L’important était de redorer l’image de la marque afin d’attirer de nouveaux annonceurs déçus par l’aspect vieillot de l’ancien site. Évidemment, NStein avait été choisi et l’évaluation initiale pour le développement était… impressionnante.  Une décision fut prise de faire le travail à l’interne afin de réduire les coûts.

En même temps, je devais m’occuper de la production d’un nouveau site thématique mais comme les moyens étaient plus modestes, il a fallu se tourner vers une plate-forme moins coûteuse : Joomla.

Les deux projets ont été menés en parallèle avec chacun un programmeur dédié. L’ampleur des deux projets était similaire de même que le niveau de complexité. Et pourtant, l’un coûta quatre fois plus cher.

Est-ce que les deux clients étaient satisfaits du résultat? Oui. Si c’était à refaire, auraient-ils fait les mêmes choix? Non.

En parallèle, un troisième site arriva dans mon porte-feuilles. Un tout petit site sans aucune fonctionnalité particulière autre que celle de mettre du contenu en ligne. Un fournisseur avait réussi à convaincre le client d’utiliser la technologie Drupal.  Ce fut malheureusement une catastrophe!  Non pas que le produit fut mauvais, Drupal tire très bien son épingle du jeu habituellement mais, pour une foule de raison qui n’avait que peu à voir avec la technologie, ça n’a pas fonctionné.

Puis, un quatrième site se pointa le bout du nez. Le directeur de produit avait choisi la technologie WordPress car, le développement était supposément rapide et donc, peu coûteux. Après des semaines de tergiversation, la décision fut prise de refaire le tout sur Joomla. Au final, le projet s’est bien passé. Le résultat était concluant et le client satisfait. En outre, le coût était raisonnable.

J’ai retenu de cette expérience deux choses :

1. Choisir une technologie pour supporter nos applications est une bonne chose car, elle nous permet d’en simplifier la maintenance, de réduire grandement les coûts de production et de gérer plus simplement la formation sur le produit. Par contre, avec un porte-feuille de plus de 150 sites, je crois qu’il faut avoir plus d’une option sur la table. NStein était certes trop dispendieux pour la production de site plus modeste. Drupal de son côté, n’est pas réellement un CMS mais plutôt un framework. Cette nuance est importante car, elle suppose un effort plus grand pour le développement mais aussi une plus grande souplesse pour rejoindre des besoins précis. WordPress était à l’époque trop peu connu et représentait surtout une plate-forme de plus à maîtriser. Finalement, il y avait Joomla qui représentait une solution peu coûteuse et dont la communauté était suffisamment riche pour permettre le développement de sites relativement complexes assez rapidement.

2. On néglige souvent le « end user », celui-là même qui va utiliser le produit. Le « back-end » de NStein n’était pas mauvais (quoique largement bogué à l’époque) mais inutilement complexe pour un petit ou moyen site. Celui de Drupal… bah! j’aime mieux ne pas en parler.  Tout le monde l’a détesté. WordPress n’a pas eu la chance de se rendre jusque là chez mon client. Et Joomla, et bien, il a livré la marchandise.  J’ai mis 1 heure à former les utilisateurs sur WCM et 15 minutes pour Joomla. J’insiste sur le fait que tous les utilisateurs formés avaient le même niveau de compétence à la base quant aux technologies web. Ça ne veut donc pas dire que 15 minutes suffiraient pour toutes les clientèles mais encore ici et, on parle du quart du temps nécessaire pour NStein.

Donc, Joomla… pourquoi pas!  Au diable le snobisme!

On m’a demandé un jour de préparer un petit guide pour expliquer clairement (j’insiste) comment utiliser la fonctionnalité de « suivi des modifications » dans Word. Le public-cible?  Deux personnes qui devaient réviser un document X.

Sur le coup, j’ai levé les sourcils.  Puis, comme il insistait pour que je me mette rapidement à la tâche, j’ai fini par froncer les sourcils.  Ben, voyons donc!  Je suis payée à un salaire de consultant pour faire des captures d’écran dans Word afin d’enseigner une fonctionnalité qui existe depuis des lustres et en plus, ça ne servirait qu’a deux personnes?!!!  J’en peux plus. J’étouffe!

Depuis que je suis sur le marché du travail, je suis des principes clairs dans ma façon de travailler.

Par exemple : je ne programmerai pas un logiciel dans le but d’être la seule à pouvoir le maintenir.

Un autre : l’aspect fonctionnel de mes applications tendra vers l’autonomie du client.  J’ai horreur qu’on m’appelle juste pour ajouter des virgules à gauche et à droite.

Ou encore : je ne prendrai jamais pour acquis que tout le monde peut comprendre le fonctionnement d’une application même si l’ergonomie ou les fonctionnalités de cette dernière sont irréprochables.

C’est d’ailleurs en rapport avec ces deux derniers principes que je mets un soin particulier lorsque je rédige un guide pour les usagers.  J’ai le sentiment du devoir accompli si l’usager en question devient rapidement autonome grâce à mon travail. Pourtant, dans mes explications ou mes guides, je ne prends jamais pour acquis que mon public est idiot. Le niveau de détail d’un guide doit être suffisamment clair pour permettre à un néophyte de s’y retrouver mais pas excessif au point de « prémâcher » l’information.  Je ne m’adresse pas à des enfants mais à des adultes sur le marché du travail. Aller jusqu’à la prendre par la main pour lui expliquer comment entrer un nom d’usager et un mot de passe relève du non-sens.

Mais, ce qui m’enrage le plus, ça n’est pas d’être devant une personne qui ne comprend pas quelque chose de simple, non. Je sais que ce qui me paraît simple ne l’est pas pour tout le monde. Chacun son métier après tout. En fait, ce qui me dérange, c’est que l’on encourage une certaine paresse. Toujours l’histoire du maillon faible de la chaine. Sous prétexte que l’un des employés a du mal à comprendre une procédure simple, on prend toute l’équipe par la main pour les guider vers la lumière.  Après un certain temps, c’est l’équipe au complet qui trouve ça normal.  Plus personne ne fait d’effort. Pourquoi en serait-il autrement?  Si mon patron se plie en quatre pour me rendre la vie plus facile, il y a peu de chance qu’il me demande de faire quelque chose qui soit compliqué!