Il y a peu de temps, je terminais le livre « Un monde sans fin » de Ken Follett. Alors que je tournais la dernière page, une image restait gravée dans mon esprit. Cette même image qu’il m’avait d’ailleurs marquée lors de la lecture des « Piliers de la Terre », la saga précédente de l’auteur. Une série grandiose en passant!

Mais revenons à ce qui m’a marqué. Au-delà de toutes les péripéties des personnages principaux, les dernières pages reviennent sur la notion de mentorat. Caris enseigne à sa belle-fille l’art de soigner son prochain. Nous ne serons pas témoins de cet enseignement mais nous savons que Caris fera un bon mentor car, nous avons appris à la connaître tout au long de l’histoire. Son conjoint Merthin est également passé par là alors qu’il apprenait son métier d’architecte-bâtisseur. Il a cependant eu moins de chance que sa fille car, son mentor est un abruti sans talent qui est d’ailleurs rapidement dépassé par son élève de génie.

J’aime bien cette notion d’accompagnement menant des êtres « inachevés » vers ce qu’il deviendront plus tard. Il ne s’agit pas que d’apprendre un métier au côté d’un maître mais également d’apprendre à se distinguer grâce à la comparaison sur une base quotidienne avec ce maître. Ce dernier devient un but à atteindre pour l’apprenti qui conçoit de la fierté pour son art. Mais, plus encore, au-delà de l’apprentissage et du défi, il y a cet accompagnement vers le monde adulte. L’aspect morale du mentorat est celui qui façonnera la personnalité professionnelles de l’apprenti. Un bon mentor saura démontrer l’importance de faire « un pas de plus » en tant que bâtisseur mais aussi en tant qu’être humain.

Je sais, tout ceci fait un peu rhétorique mais il se trouve que l’autre soir, j’en discutais avec mon conjoint. Nous évoquions ce manque dans le monde des TI où de jeunes programmeurs sont laissés à eux-même dès leur entrée sur le marché du travail. Ils sortent des bancs d’école pour rejoindre les rangs des milliers de fourmis qui tapent sur des claviers du matin au soir. Mais l’informatique, ça n’est pas que taper sur un clavier! Une jeune ressource aussi géniale soit-elle a tout de même besoin d’être guidée et d’être remise en question sur une base régulière. C’est ainsi que le défi de performer reste en vie sinon, c’est la dérive sur les chemins de la paresse et de l’ennui.

Je le dis haut et fort : « IL FAUT ACCOMPAGNER LES JEUNES RESSOURCES »!

Bon, ceci étant dit, tous les « vieux » ne font pas nécessairement de bons mentors. Comme dans « Un monde sans fin » où Merthin mange de la « shnout » pendant des années avant de pouvoir s’affranchir d’un maître pourri, il faut se méfier des « power-trippeux ». Il est tentant de devenir grandiloquent, péteux de brou et condescendant car, c’est un rôle qui a son prestige. Eux aussi, il faut les former et aussi, prêter oreille aux éventuelles doléances des apprentis.

Ha! Je rêve éveillée. Plusieurs fois, nous avons tenté de nous regrouper sous la bannière d’un « Ordre » qui encadrerait notre pratique, émettrait des standards, exigerait la formation continue, sanctionnerait en cas de problème et défendrait en cas d’abus . Je connais même certaines des personnes qui ont tentées de mettre au monde cet énorme bébé sans toutefois y parvenir. Je vous le demande, aimons-nous trop notre chaos pour vouloir le quitter?