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Ti-di-toum! (Quelqu’un vient de m’écrire sur MSN!)

[lui] « Salut »

[moi] « Salut »

[lui] « jé fini le bug 3287 :-) »

[moi] « Good! Tu l’as déployé en staging? »

[lui] « Pa encor » (Pourquoi tu m’déranges alors?!!!)

[moi] « Bon, ben, fais-moi signe quand tu l’auras déployé. »

[lui] « OK »

[lui encore] « je comprend pas le bug 4532 » (Mais encore?!!!)

[moi les yeux en l’air] « Qu’est-ce que tu comprends pas? »

[lui] « Si je fais ce que tu dis ca va etre lon… blah, blah, blah (plusieurs lignes plus tard)… faque j’va pas pouvoir le faire tout d suite »

[moi patiente] « Désolée, c’était peut-être pas clair mais je vais te ré expliquer. Donne-moi ton extension que je puisse t’appeler. »

[lui] « ben, tu peu pas mettre d’aute détail dans le ticket à place »

[moi – moins patiente] « Non, c’est une fonctionnalité complexe et je crois que c’est plus simple de se parler. Ton ext. svp. »

[lui] « j’ai pa l’tenmps là :-( »

[moi – qui commence à en avoir marre] « ça sera pas long – j’ai retrouvé ton ext, je t’appelle »

Ça vous rappelle quelque chose ce genre d’échange?

Depuis que je suis toute petite, j’aime écrire. J’adorais faire des compositions libres à l’école. Adolescente, j’écrivais des nouvelles d’horreur pour épater mes amis. Aujourd’hui, je blogue.

Il n’en reste pas moins qu’écrire, c’est plus long que de parler et que parfois, ça vaut la peine de décrocher le téléphone et de se parler. Pourtant, de plus en plus, je remarque dans les milieux de travail TI une nette propension envers les « chats » et les courriels au détriment des conversations. Bon, c’est vrai que c’est parfois pratique parce que ça permet de faire des conversations à plusieurs quand on a pas l’appel conférence ou même qu’on peut facilement s’échanger des fichiers mais « typer » c’est quand même plus long que de parler.

Mais il n’y a pas que le temps qui pose problème. Il y a aussi la dépersonnalisation. On ne se parle plus, on s’écrit. Ça n’a rien de poétique, c’est plutôt une forme de paresse voire même de lâcheté. L’écriture impose une distance que l’on a pas dans une conversation. Quand on parle, il faut penser vite. Si on nous pose une question, on ne peut pas tergiverser longtemps, il faut répondre sans quoi notre interlocuteur va se poser des problèmes. Si on ne sait pas quoi dire, il faut patiner pour gagner du temps.

Lorsqu’on écrit, c’est différent. On peut prendre le temps de penser car, l’écriture suppose déjà un délai auquel s’attend notre correspondant. Le temps est plus élastique mais cette même élasticité peut également jouer sur les nerfs. Est-il vraiment efficace de toujours s’écrire? Prenez le téléphone, bon sens!

L’écriture nous protège aussi contre l’interprétation de notre langage corporel. On ne nous voit pas donc, on perd une partie du message… en fait, c’est ça qui fait notre affaire. Je suis contente que le programmeur ne voit pas mes yeux au ciel et lui doit se réjouir de pouvoir piétiner son clavier avec violence sans que je m’en rende compte. Si on se parlait, il faudrait être plus civilisé, ça demande donc un effort supplémentaire pour décrocher le téléphone.

J’ai connu un programmeur qui refusait tout contact téléphonique. Son patron cautionnait ça! Alors, en phase de test, on « chattait » et c’était l’enfer sur Terre. Des heures à décrire une fonctionnalité et à m’obstiner sur le comportement de l’application. J’avais le goût de l’étriper mais ni l’un ni l’autre ne perdions notre superbe épistolaire. C’était totalement ridicule.

C’est aussi bête que les gens qui s’envoient courriels sur courriels. Les « reply » s’ajoutent les uns aux autres et finissent par devenir de vrai roman. Si plusieurs personnes sont dans l’envoie, l’histoire devient carrément incompréhensible. Dire qu’il aurait suffit de se parler!

Pour terminer, j’ajoute qu’il est paradoxal de vivre à une époque où les gens préfères s’écrire sans savoir écrire. C’est fou comme la qualité de la langue est malmenée!