C’était dimanche matin.

J’avais fait des œufs brouillés avec du jambon et les enfants et moi, nous étions régalés. La fin de semaine, j’aime bien commencer ma journée tranquillement alors une fois le déjeuner terminé, je repousse la vaisselle à plus tard et me sers un deuxième café.  Pour éviter les enfants qui s’agitent à côté de moi, je monte dans ma chambre et je m’installe avec mon Nook et mon café pour lire mes nouvelles sur internet. Je déteste être dérangée dans ces moments-là mais même si les enfants le savent très bien, ils ne peuvent s’empêcher de m’interrompre de temps à autre.

Mais, ce jour-là, comme les enfants étaient plein d’énergie, je les ai envoyés prendre une marche dans la montagne avec Luna et Arena.  Au dernier instant, Carlos a décidé de les accompagner.

De la terrasse, je les ai regardés descendre les marches qui mènent au chemin avec leurs deux petites amies. Puis, tranquillement, une caméra dans les mains, j’ai vu Carlos suivre le quatuor.

Je me suis assise sur la terrasse, mon café à la portée de la main. J’ai commencé à lire mes nouvelles sur la cyberpresse. Rien d’excitant ce matin-là. Le gouvernement Charest en pré-campagne électorale, Israël en chicane avec son voisin, etc. Je lève les yeux et je vois les enfants passer à travers la végétation sur le sentier de la montagne. Je me lève pour mieux les voir et éventuellement, pour les saluer de loin.

Petit chandail vert qui court. Petit t-shirt blanc et turquoise qui suit plus lentement. Ils semblent si loin mais je sais que ça n’est pas le cas. Passant devant une éclaircie dans les branches, je les vois tous les deux entourés des deux petits chiens. On voit très bien Luna qui est blanche et assez rapide. Je distingue à peine Arena qui, naturellement, se confond avec le terrain autour d’elle. Elle est moins vite que sa sœur mais ce matin-là, elle court avec entrain.

Où est Carlos?  Je scrute le paysage et tente de l’apercevoir à travers les branches. A-t-il rebroussé chemin? Isabelle s’arrête et se retourne. Je n’entends pas mais je sais qu’elle doit appeler son père. Lorsqu’on marche avec les enfants, la balade est rarement tranquille. Si on prend nos aises en admirant la nature, on est rapidement ramené à l’ordre par l’un des deux qui veut nous montrer quelques choses ou qui nous trouve trop lent.

C’est alors que, tranquillement… très tranquillement, Carlos apparaît. Tache blanche à travers les arbres. S’il marche, chacun de ses pas semble faire l’objet d’une attention particulière. J’imagine Isabelle qui s’impatiente.  Philippe semble dans la lune. Les chiens tournent autour de lui mais il ne réagit pas vraiment à cette attente. Il est comme son père. Contemplatif.

Isabelle finit par rebrousser chemin pour fouetter un peu son père… ça ne marche pas vraiment. Lorsque Carlos rejoint l’éclaircie dans le bois, il arrête et se tourne vers moi. Je pense qu’il me cherche sachant que je dois être là à les regarder. Mais non. Il tend les bras et semble fixer quelque chose devant lui. J’ai l’impression qu’il essaie de lire sans ses lunettes de lecture mais il n’en est rien. Il prend une photo.

Isabelle tourne autour de lui comme une mouche. Il se décide à repartir. La promenade va être longue. Je vais avoir le temps de lire ET la cyberpresse ET le site de Radio-Canada sans oublier les sites des quotidiens d’ici.  Je commence à être pas mal bonne pour lire. Rarement je dois m’arrêter pour chercher un mot. Je vais encore de temps à autre demander des précisions pour une tournure de phrase mais habituellement, le contexte est suffisant pour m’éclairer.

Les enfants, les chiens et Carlos disparaissent. La montagne tourne à cet endroit et pendant un moment, ils seront de l’autre côté et donc invisibles. Je me demande si je vais attendre là qu’ils réapparaissent plus loin lorsque le chemin tourne à nouveau vers ici… Mais Carlos est avec eux…  et avec une caméra… ça pourrait être long.

Les enfants sont pris pour attendre leur père mais pour une fois, pas moi! Je retourne à mon café et à mes lectures.

C’est un beau dimanche matin. Vent léger. Soleil généreux. Chaleur douce. Je pense à vous tous pendant un moment puis, je chasse les images de « sluch » et de neige sale communes au printemps. Cette année, je suis au Mexique et dans ces moments-là, je me demande comment je vais faire pour retourner au Canada.