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Quelle valeur a une signature pour vous? Signez-vous des chèques avec des montants importants comme chez le notaire? Avez-vous déjà signé un testament? Un consentement juridique sur la confidentialité dans le cadre de votre travail? Avez-vous déjà signé votre nom sur le formulaire à l’hôpital qui stipulait que vous êtes le père ou la mère de ce charmant bébé qui vient de naître?

Qu’avez-vous ressenti alors? Fierté, angoisse, tristesse, une vague responsabilité?

Avez-vous déjà signé votre travail? Document, code, rapport, courriel? C’est tellement évident me direz-vous et pourtant, ce geste devenu si banal dans ce contexte ne semble pas avoir conservé la même portée que dans les situations précédemment exposées. Pourquoi? Votre nom n’aurait-il pas la même signification dans tous ces contextes? Vous êtes toujours la même personne que vous soyez en train de signer un classe java fraichement développée ou que vous veniez d’écrire votre nom au bas d’un courriel.

Je me suis souvent demandée où est la différence. À quel moment béni de notre vie sommes-nous donc dispensé d’être responsable de nos actes? Et pourtant, nombre d’entre-nous n’honorons pas du tout cette signature en remettant du travail bâclé et pourtant signé. Ne sommes-nous pas gênés de cela? Pas du tout et c’est navrant!

Je suis une idéaliste, vous vous en doutez, et je rêve du jour où mes collègues signeront fièrement leur fruit de leur travail et sachant que si le lecteur remarque leur nom, ils n’auront pas à rougir.

Ouvrez au hasard le code de vos collègues. Allez, vous avez sans doute accès à une voute (repository) ou vous pouvez « seiner » à loisir. Ne soyez pas timide, allez-y et ouvrez quelques fichiers innocemment. Regardez bien et posez-vous la question suivante : « Oserais-je signer ce document? » … Non, pas celui-là… les exceptions ne sont même pas traitées. Essayons un autre… non, pas celui-là non plus, le code n’est même pas minimalement commenté. Voyons, essayez-en un troisième… ha! Ha! Haaaaa! Oui, oui, oui, on est proche…. mais… non! C’est rempli de « copier-collé » qui n’a même pas été mis à jour… oh, et ça? Je ne peux pas croire que ça marche! Bof! Je vais pas y passer la journée.

Et vous, passez-vous le test? Ben oui voyons! (je vous imagine le nez en l’air légèrement vexé). Vous allez me donner un exemple. Que non! JE vais choisir à votre place! Me donnez-vous la chance de commenter ouvertement sans vous fâcher? Je vois déjà les excuses qui fourmillent dans votre esprit. C’est sûr que si je cherche la bébête, je vais finir par mettre la main sur quelque chose mais ça risque de ne pas être important à vos yeux. Vous avez peut-être raison mais il ne vous appartient malheureusement pas d’en juger. C’est le pauvre type qui va reprendre votre code pour en faire la maintenance qui a ce droit.

Personnellement, il m’arrive de ne pas signer mon travail, sciemment je veux dire. Lorsqu’on me demande de mal le faire pour des raisons de temps ou d’argent. Vous allez peut-être trouvé ça puéril mais je refuse alors de signer car, j’ai toujours pensé qu’il était important que je sois fière de mon travail et que, si ça n’est pas le cas, je préfère ne pas ébruiter la chose. On a qu’une réputation! Parlez-en aux personnages publics. Ça ne prend pas grand chose pour détuire un nom… pourquoi risquer tout ça pour quelques lignes de code?

Ceci dit, j’aime signer. Pas par prétention mais par sentiment du devoir accompli. Lorsque je signe quelque chose, je sais que j’ai fait mon boulôt et bien qu’il ne soit pas nécessairement parfait (qui peut l’être?), j’en suis tout de même fière car, on n’y trouvera généralement pas d’erreur grossière ou de trace de paresse. Je sais aussi que le jour où le type qui va reprendre mon travail pour le poursuivre va m’appeller, je ne regretterai pas son appel. Bref, je signe comme j’honore mes chèques. C’est une question de responsabilité et de fièreté.